Jardins ouvriers, entre confusion et arrêté fantôme

Jardins ouvriers fermés à Saint-Omer, d'autres municipalités optent pour une alternative

Alors que les premiers pillages alimentaires ont lieu en Italie et que l’ONU sonne l’alarme sur une possible « pénurie alimentaire mondiale », un certain nombre de mesures contre-productives pourraient avoir été prises dans la gestion de la pandémie du COVID-19.

À Saint-Omer, c’est la fermeture des jardins familiaux du Bachelin qui provoque l’incompréhension. Devant l’entrée, une barrière de sécurité et un message rédigé à la main sur papier libre : « Suite aux directives gouvernementales, les jardins ouvriers sont fermés ».


Interrogé sur les réseaux sociaux, le maire François Decoster explique avoir pris cette mesure suite à la publication d’un arrêté préfectoral. Mais sur le plan réglementaire, la situation ne semble pas totalement figée puisqu’aucun arrêté préfectoral n’a été émis sur cette question.

En effet, dans une simple lettre du 20 mars 2020, le préfet Fabien Sudry demandait à tous les maires du département « de procéder sans délai, par arrêté municipal, à la fermeture de toutes les plaines de jeux, parcs et jardins publics de dimensions significatives ». Pour motiver sa requête, le préfet précise vouloir éviter « les regroupements et concentrations de personnes » dans des lieux comme « les grands parcs et jardins de nos villes et villages ». À première vue, les jardins familiaux ne semblent pas visés.

Incompréhension chez les habitants

« C’est une mesure inique ! Elle pénalise les plus démunis et les prive d’accès à des produits de première nécessité qui sont gratuits. C’est maintenant qu’il faut planter si on veut pouvoir se nourrir ! » peste Philippe, un des nombreux usagers de ces jardins.

À Rosendaël (59), la situation est toute autre. Malgré les dispositions gouvernementales, le maire a renoncé à prendre un arrêté interdisant l’accès aux jardins ouvriers. Un soulagement pour des centaines de foyers qui souvent vivent dans des appartements ou des maisons sans jardin.

Un peu plus loin à Grande-Synthe, les jardins ont dans un premier temps été fermés, avant d’être rendus de nouveau accessibles. Certaines mairies ont par ailleurs opté pour une ouverture encadrée et réglementée : accès une heure par jour maximum, pas d’interaction entre les jardiniers, etc.

Des injonctions contradictoires

Alors que les directives peuvent différer d’un département à l’autre, des contradictions surgissent également entre les différents échelons institutionnels. Le 24 mars 2020, c’est Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture qui appelait les français à enfiler leurs bottes pour aller prêter main-forte au fermier du coin : « Rejoignez la grande armée de l’agriculture française ! » lançait-il à la radio, rappelant l’appel du 18 juin du général De Gaulle.

Dans un autre registre, la préfecture de Seine-et-Marne communiquait fièrement sur Twitter le 30 mars avoir recours au travail des réfugiés pour palier « aux difficultés rencontrées par la profession agricole ».

Tweet du compte officiel Préfet de Seine-et-Marne

Si ces réflexes de solidarité peuvent sembler de bon sens et s’avérer utile pour ce secteur en manque de main-d’œuvre, il reste difficilement concevable de refuser l’accès à des terres cultivables par temps de crise. Dans l’hypothèse d’une pénurie alimentaire mondiale comme avancée par l’ONU, les prix des denrées s’emballeront et ce sont les plus précaires qui en souffriront les premiers. Or, ces jardins ont avant tout une utilité sociale, puisqu’ils sont mis à disposition des habitants pour un loyer symbolique.

Avril est un mois crucial pour l’agriculture. Les semis d’aujourd’hui font les repas de demain. Cela peut paraître superflu pour des citadins non habitués à travailler la terre, mais pour d’autres c’est avant tout un moyen de bien se nourrir à moindre prix.

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S.R.

Cet article est l'opinion personnelle d'un rédacteur et n'engage pas toute la rédaction.

Publié le 2 avril 2020

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