Lettre ouverte à
La Voix du Nord

Mais d'où parle M. Bretonnier ?

Dans son dernier éditorial publié le 24 mai 2020 dans La Voix du Nord sous le titre « Il est même temps de refaire de la politique », on peut lire que Jean-Michel Bretonnier ne laisse pas beaucoup de place à cette politique, ni à l’expression de la vérité.

IL EST MÊME TEMPS DE REFAIRE DE LA POLITIQUE

En effet, sur la décision arbitraire du 28 juin comme date du second tour des élections municipales, il n’y a pour lui que deux camps qui s’opposent : les « droite et gauche modérées » d’un côté, le camp de la raison prudente, forcément pour la décision du gouvernement et « la France Insoumise et le Rassemblement national » de l’autre, « agis par leurs réflexes » et leurs « arguments tactiques », leurs « considérations politiciennes » qui risquent à coup sûr « de réveiller les vieux démons français ».

On passera sur l’amalgame malhonnête entre la France Insoumise et le Rassemblement National, surprenant de la part de M. Bretonnier, ce procédé étant jusque-là réservé à l’extrême-droite (le fameux « UMPS » tant décrié par Marine Le Pen). On passera également sur la qualité de « prophète » prêtée à Jean-Luc Mélenchon à propos de la seconde vague, risque qui est pourtant une réalité dans de nombreux pays à cette heure, notamment en Chine. On passera enfin sur son appel au retour du débat démocratique quand il n’existe à ses yeux qu’une seule option raisonnable, valable et honnête.

M. Bretonnier estime que l’argument selon lequel le virus n’aura pas disparu fin juin ne tient pas, parce qu’il pourrait être toujours présent à l’automne. Ceux qui sont pour le report n’affirment pas autre chose, ils demandent justement de différer la tenue du second tour à une date où le Conseil Scientifique ne soulignera plus « les risques sanitaires importants liés à la campagne électorale » (avis du Conseil scientifique COVID-19 du 18 mai 2020). Ceci afin de ne pas reproduire l’abstention record du premier tour, qui a découragé en particulier les personnes les plus à risques de venir voter, ce qui est sûrement le facteur le plus anti-démocratique de ces élections.

C’est assez cocasse lorsque le même Jean-Michel Bretonnier affirmait, dans un précédent éditorial du 18 mai 2020, que le maintien du premier tour était le fait des « véhémentes exhortations des oppositions » alors même que Macron aurait été favorable au report mais hélas « piégé par le vieux monde » (sic). Bretonnier ne suspectera pas une manœuvre tactique de l’exécutif pour « prendre date si cela se passait mal », alors qu’il le reproche aujourd’hui à l’opposition. Macron affirmera que cette décision était collective, car les oppositions avaient été consultées… ce qui sera démentis par Jean-Luc Mélenchon, qui révélera ne pas avoir été consulté.

Son autre argument est de considérer qu’avec habituellement 5 jours de campagne entre le premier et le second tour, c’est un détail qu’il ne soit pas possible de faire des réunions publiques, du porte-à-porte, du tractage, etc. C’est à se demander si finalement ces élections sont bien utiles, autant nommer directement tous les candidats de « droite et gauche modérées », tant que ceux-ci plaisent à M. Bretonnier.

Forcer le 28 juin comme date du second tour serait le signe que tout n’est pas sacrifié à la sécurité – en l’occurrence, la santé –, la belle affaire ! C’est vite oublier que l’économie et les intérêts du vieux monde ont prévalu sur la santé des français par le maintien du premier tour. C’est mépriser les milliers de nos concitoyens qui participent à la vie démocratique en prenant part à l’organisation des élections, qui sont tombés malades et ont contaminé leurs proches. C’est négliger les règles qui régissent le fonctionnement de notre système électoral et qui précisent que, par souci de la sincérité du scrutin, deux tours d’une élection municipale doivent se tenir à 15 jours d’intervalle. C'est aussi oublier que pendant des mois, il y a une chose qui n'a pas été sacrifiée sur l'autel de la sécurité : le travail salarié des petites gens, lorsque leur employeur leur refusait le chômage partiel.

C'est une évidence que derrière cette décision, d’autres considérations prennent à nouveau le pas sur la santé des citoyens comme celle de ne pas menacer l’organisation des élections sénatoriales au mois de septembre.

Mais de telles considérations politiciennes et tactiques ne sauraient traverser l’esprit raisonnable, modéré et décidément très candide de M. Bretonnier !

...

La rédaction

Cet article est l'opinion globalement partagée par l'ensemble des rédacteurs.

Publié le 30 mai 2020

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